Qu'est-ce que l'Institut Eléazar ?

Fondé le 11 août 1990, par Serge Caillet, sous la présidence d'honneur de Robert Amadou (1924-2006), l'Institut Eléazar fêtera ses 20 ans cette année.
L'Institut Eléazar, qui n'est pas un ordre initiatique, rassemble dans l'indépendance des hommes et des femmes de désir soucieux d'étudier en toute liberté l'oeuvre de Martines de Pasqually (1710 ?-1774) et de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803).
Ce blog de l'Institut Eléazar est principalement consacré à l'actualité du martinisme : publications, études, découvertes, manifestations...

Ce blog complète le site officiel de l'Institut Eléazar : www.institut-eleazar.fr

mercredi 19 juin 2013

Renaissance Traditionnelle met le martinisme à l'honneur



Le numéro 168 de Renaissance Traditionnelle (daté d’octobre 2012) nous offre son lot de trouvailles martinistes. Marchand dans les pas de Robert Amadou, Catherine Amadou a découvert en 2011 un nouveau manuscrit du Traité sur la réintégration de Martines de Pasqually, de la main de Prunelle de Lière, conservé dans le fonds du même nom, bien connu des chercheurs, à la Bibliothèque municipale de Grenoble. Passé inaperçu depuis son entrée à la BMG, ce manuscrit n'a pas échappé à la sagacité de Catherine Amadou, qui nous en fournit ici une analyse documentée.
Catherine Amadou nous livre ensuite trois nouvelles "leçons de Lyon", absolument inédites, dont le contenu exceptionnel ouvre de nouvelles pistes de réflexion arithmosophiques, notamment à propos du nombre 6. L'une de ces leçons est d'ailleurs illustrée de deux schémas également inédits qui posent eux-mêmes les bases d'une nouvelle approche de la géométrie sacrée en rapport avec le dénaire, le quaternaire et le sénaire chez Martines et ses émules.
Sous la plume de Pierre Noël, un article consacré à « La Profession » rétablit fort heureusement, documents à l'appui, y compris des textes inédits, la nature exacte de la double classe secrète du régime écossais rectifié. Pour la première fois à ma connaissance, il précise aussi en quoi la pseudo-grande profession, composée par Robert Ambelain à partir d'un dépôt de Georges Lagrèze, diffère radicalement de la grande profession telle que l'a conçue et instituée Jean-Baptiste Willermoz et telle qu'elle s'est régulièrement perpétuée en Suisse. Pierre Noël confirme ainsi les propos de notre entretien avec Xavier Cuvelier-Roy dans Les hommes de désir (p. 44-45). En revanche, l'auteur semble ignorer l'identité de Maharba (id., p. 44) et les éléments que j'ai publiés sur la grande profession de Jean Saunier-Ostabat (voir ma préface à l'édition en volume de ses articles sur le RER, sous le titre : Les chevaliers aux portes du temple, Ivoire-Clair. Enfin, je ne serai sans doute pas le seul à regretter quelques lignes trop caricaturales sur Robert Ambelain et ses entreprises et une conclusion qui surprendra plus d'un martiniste quant à la doctrine de Martines. 

Tout martiniste trouvera également à s’instruire – ô combien ! – à la lecture de l’article de Jean-François Var, « Réintégration et résurrection à la lumière de la Tradition patristique », qui vient de paraître dans le numéro 169 (daté de janvier 2013) de Renaissance Traditionnelle. Cette approche de l’un des thèmes essentiels traités par Martines de Pasqually, aborde la question de l’Adam premier, de la chute et de la désintégration de l’homme, puis de la résurrection et de la réintégration, à la lumière des Pères cappadociens, notamment, mais aussi de saint Séraphin de Sarov par exemple. Et elle les aborde avec une rare intelligence des textes, qui apporte un éclairage vivifiant de l’œuvre du théurge de Bordeaux et montre la parenté de sa pensée, sur ce thème, avec les Pères. Profitez-en !

Dans le même numéro, mes Acta martinista renseignent sur quelques livres récents, en rapport avec le martinisme, au sens le plus large.

Serge Caillet

lundi 27 août 2012

La Sophia du désir selon Sagi Nahor


       
Il y a, me disait l’autre jour Sagi Nahor, « un ange du Traité sur la réintégration », c’est-à-dire de l’œuvre majeure de Martines de Pasqually, que Saint-Martin conserva précieusement, de même que l’ensemble des rituels coëns de réception et d’opération, jusqu’à son rappel à Dieu. Or, cet ange souffle aussi sur l’œuvre du Philosophe inconnu, et il souffle encore, Dieu voulant, sur de modernes héritiers de Saint-Martin et de son premier maître. 

 « Le Traité de Martines de Pasqually pourra bien vous occuper non seulement plus de quelques mois, mais en permanence. Car c’est (et c’était pour Saint-Martin) l’ouvrage de référence constante. Impossible de rien comprendre au martinisme de Saint-Martin sans éclairer toutes ses affirmations et toutes les allusions de celui-ci à l’aide du Traité ». Ainsi, Robert Amadou fixait-il notre programme de travail, dans une lettre à son perpétuel débiteur, le 19 avril 1985. Ce programme, Sagi Nahor l’a suivi pour son compte, sans désemparer, mûrissant une réflexion que le Philosophe inconnu, notre vénérable maître commun, n’aura pas désavouée avec le temps, puisque le temps est désormais propice – que dis-je ? il exige - de sortir du silence pour manifester, dans l’amour et la rectitude, le bien qui se fait sans bruit. 

Les travaux de l’auteur publiés sous le titre Sophia du désir (Lulu, 2012) ressortissent d’un martinisme sans fard, au cœur de la Tradition.  De quoi méditer et s’instruire, à l’école des vieux maîtres que sont tout ensemble Papus, Saint-Martin et Martines, dont Sagi Nahor, leur disciple contemporain, modeste et lucide, perpétue et renouvelle aujourd’hui la parole. 

Ce livre se présente par conséquent comme un antidote des plus utiles, offert à tous les Philosophes de l’Unité, au service de l’Unique, contre l’ignorance et la captation mercantile, Internet aidant, dont d’aucuns font leur fonds de commerce ou l’exutoire de leurs fantasmes. Il sera des plus utiles aussi contre les diviseurs en tous genres, que manipule à l’envie le grand Diviseur. Il contribue ainsi, je le crois, à l’union qui anticipe et actualise dans le temps et l’espace la réintégration universelle de tout être et de toute chose dans son principe.

Au seuil des pages de ce livre, j’ai porté témoignage, et de porter témoignage m’honore, il va de soi. Mais ce témoignage n’est pas une leçon, car la leçon m’horrifie, tant résonnent à mes oreilles ces paroles du Philosophe inconnu : « J’ai vu généralement dans le monde que c’était ceux qui ne savaient pas les vérités, qui étaient les plus empressés de les dire ». Fortes de tant d’années de silence, ces belles pages de Sagi Nahor ne sauraient assurément être touchées par la mise en garde de Saint-Martin, qui, depuis quelque trente ans, a été, avec son premier maître dont nous ne saurions le séparer, notre guide sur le chemin qui fait place à l’Esprit. Ainsi, dans l’autonomie qui sied aux vrais sociétaires indépendants, par conséquent à l’école du seul Maître, mon vieux frère Sagi Nahor, aujourd’hui, se tient droit pour parler haut, dans le silence des serviteurs inconnus.


Serge Caillet 
(extrait de la préface)

vendredi 6 juillet 2012

Tricentenaire de Martines de Pasqually



Les actes du colloque du tricentenaire supposé de la naissance de Martines de Pasqually, organisé à Marseille, les 18 et 19 septembre 2010, par l’Institut Eléazar, la Société Martinès de Pasqually et la revue Renaissance Traditionnelle, en partenariat avec Les Amis provençaux de Renaissance Traditionnelle et la librairie l’Etoile du Mage, étaient très attendus. Ce m’est une joie d’en annoncer la parution, sous la forme d’un numéro double de Renaissance Traditionnelle (n° 165-166, janvier-avril 2012), réalisé par l'ami Pierre Mollier à qui grand merci une fois de plus ! 

Presque toutes les communications du colloque ont été publiées, à l’exception de celles de Roger Dachez, de Christian Marcenne et de Robert Guinot à qui ce colloque doit pourtant beaucoup (mais on les retrouvera fort heureusement sur le DVD en préparation, dont nous reparlerons). Pour l’heure, les lecteurs de RT auront de quoi méditer les éléments biographiques présentés par Michèle Nahon ; le cas des Philatèthes à travers les découvertes et les hypothèses à propos de nouvelles copies du Traité sur la réintégration, par Alain Marchiset et Pierre Mollier ; Louis-Claude de Saint-Martin à l’école de Martines, avec Dominique Clairembault ; Jean-Baptiste Willermoz et la genèse du rite écossais rectifié, avec Jean-Marc Vivenza ; le sacerdoce primitif selon Martines et le sacerdoce des baptisés, avec Jean-François Var, et Martines à l’œuvre dans la chose, sous ma signature.

          Rappelé à Dieu le 14 mars 2006, Robert Amadou n’était pas physiquement présent au colloque de Marseille qu’il eût été juste qu’il présidât. Grâce à Catherine Amadou et à Pierre Mollier, l’injustice est réparée avec la publication de la transcription suivie du fac-similé du si précieux « Rapport Zambault » ici publié par Robert Amadou d’après le manuscrit original conservé aux Grand Orient de France. 

       Enfin, Robert Amadou aurait dû, c’est l’évidence, conclure le colloque. Réjouissons-nous par conséquent qu’il apporte à ces actes la plus digne et pour tout dire la meilleure conclusion, avec cette exhortation, sous la forme d’un texte inédit intitulé : « opérons donc ! ». Dans les circonstances présentes où d’aucuns cherchent à opposer Saint-Martin à son premier éducateur, le lecteur de RT pourra méditer chaque ligne de ce texte essentiel, par le plus grand ami et le meilleur connaisseur de Saint-Martin et de Martines, dont il me plait de citer les dernières lignes : « La complémentarité prime sur l’apparente contradiction. Au bénéfice de l’homme de désir, Martines et Saint-Martin se peuvent entraider pour une opération plus efficace ». Qui qu’en grogne !

Serge Caillet

mercredi 27 juin 2012

La franc-maçonnerie française au temps de Martines



En 1767, après une bonne dizaine d’années d’un travail préparatoire difficile, Martines de Pasqually déposa les Statuts généraux de l’Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l’univers et institua son Tribunal souverain siégeant à Paris. 

Or, au même moment, la Grande Loge de France devait interrompre ses travaux sur ordre du Gouvernement. Cette vacance laissait le champ libre à Martines et à ses émules pour mener à bien la grande réforme de la franc-maçonnerie dont ils avaient rêvé. 

Roger Dachez revient sur le contexte de l’échec de cette réforme générale dans sa communication sur « la franc-maçonnerie française au temps de Martines », prononcée au colloque du tricentenaire de Martines de Pasqually, qui s’est tenu à Marseille, en septembre 2010. 

Dans l’attente de la publication des actes, qui sont sous presse, et de la réalisation du DVD qui sortira sans doute en fin d’année, nos amis de Baglis TV viennent de mettre cette excellente conférence en ligne. Merci à eux.

Serge Caillet

mercredi 20 juin 2012

Esprit de Saint-Martin



Connaissez-vous Ulrich Guttinguer ? Bouleversé par l’œuvre de Louis-Claude de Saint-Martin, qui orienta à jamais sa vie vers les « choses divines », il décida de tirer le Philosophe inconnu de l’oubli, en publiant un florilège de ses pensées : Esprit de Saint-Martin. Ces textes, Guttinguer les a sélectionnés dans l'Homme de désir et les Œuvres posthumes, et il les a publiés, en 1836, afin de rendre hommage à son maître posthume et de « faire fructifier dans l'âme des lecteurs la parole de Saint-Martin ». Mais le petit livre ne tarda pas de tomber lui aussi dans l’oubli.

Le voici réédité par les Editions de la Tarente, avec une préface de Dominique Clairembault, animateur de l’excellent site Internet consacré au Philosophe inconnu. Cette préface rappelle les grandes lignes de la vie de Guttinguer et précise très utilement dans quelles circonstances il composa ce recueil. 

            De L’Homme de désir, l’auteur a extrait deux cent trente-six pensées, parfois assorties de commentaires de son cru.  Vingt pensées tirées du premier volume des Œuvres posthumes, les complètent, empruntées au « Portrait historique et philosophique » et aux « Pensées tirées d’un manuscrit de Mr. de St. Martin », suivies d’une libre adaptation d’une phrase d’Ecce homo.

Enfin, un tableau de correspondance établi par Dominique Clairembault permettra à chacun de retrouver les références précises des textes originaux.

Depuis 1836, Saint-Martin et son œuvre ont été définitivement tirés de l’oubli, essentiellement par Robert Amadou à qui nous devons plusieurs éditions de l’Homme de désir, et une magnifique édition des Œuvres posthumes, menée à bien par Catherine Amadou (Olms, 2010). Le petit recueil d’Ulrich Guttinguer n’en demeure pas moins fort utile à qui veut aller à la rencontre de Saint-Martin. Merci aux Editions de la Tarente de l’avoir tiré de l’oubli.

Serge Caillet

mercredi 13 juin 2012

Les Oeuvres posthumes de Saint-Martin



Les Œuvres posthumes de Louis-Claude de Saint-Martin ont été publiées à Tours, en 1807, par ses derniers disciples, quatre ans après son rappel à Dieu, le 14 octobre 1803. Les voici magnifiquement rééditées en fac-similé dans la collection des Œuvres majeures du  Philosophe inconnu, éditées par Robert Amadou, avec de monumentales introductions, chez Georg Olms, dont le premier volume est paru en 1975. 

Depuis le départ de Robert, Catherine Amadou a pris le relais. Ce huitième volume, en deux tomes reliés toile, bénéficie donc, comme les précédents, d’une solide introduction par Catherine Amadou, d’après les recherches de Robert Amadou. Sur une quarantaine de pages comprenant des documents inédits, Catherine Amadou rappelle notamment les circonstances de la préparation, puis de la publication des Œuvres posthumes de Saint-Martin et apporte maintes précisions sur Nicolas Tournyer, petit-cousin, disciple et héritier d’une partie des manuscrits du Philosophe inconnu, qui a rassemblé les textes, avec l’aide de son parent Etienne Cartier, de Joseph Gilbert, confident des dernières années, voire même le conseil de Prunelle de Lierre et de Jean-Baptiste Gence.


Rappelons que les Œuvres posthumes comprennent notamment la première édition, très partielle et parfois censurée du Portrait historique et philosophique retrouvé par Robert Amadou en Allemagne, en 1954, et publié par lui en 1961, chez Julliard. L’ouvrage comprend aussi les « recherches sur la doctrine des théosophes » (voir l’édition commentée et publiée par R.A., Le Cercle du Livre, 1952), d’un ami de Saint-Martin, qui pourrait être Joseph Gilbert ; de larges extraits du fameux recueil de pensées, nommé par Saint-Martin Mon Livre vert (éd. définitive par R.A., Cariscript, 1991) ; les "Stances sur l’origine et la destination de l’homme"; "le Cimetière d’Amboise" ; une édition défectueuse du Discours de Berlin (voir l’éd. définitive par R.A., in Controverse avec Garat, Fayard, 1990) ; des leçons aux élus coëns ; des fragments littéraires, des prières…


Les Œuvres majeures de Saint-Martin éditées par Robert Amadou en fac-similés, avec leurs introductions, sont de purs chefs-d’œuvre. Ce huitième volume, comprenant les Œuvres posthumes publiées par Catherine Amadou, assurément, ne fait pas exception.


Rappelons que l’excellente librairie Cadence, 62 Rue Saint-Jean,  69005 Lyon, est l’une des rares librairies où l’on peut trouver ou commander en France les volumes des Œuvres majeures du Philosophe inconnu publiées chez Olms.

Serge Caillet

vendredi 1 juin 2012

La Rituélie martiniste selon Sagi Nahor


Après avoir tenu pendant plusieurs années sur Internet un blog très apprécié, consacré à la tradition martiniste, Sagi Nahor a souhaité y mettre fin, voilà quelques mois, et c’était bien son droit. Du reste, c’était afin de mieux revenir puisqu’il prépare un livre, qui rassemblera précisément les principaux billets de ce blog. Nous aurons à en reparler bientôt.
Depuis bien longtemps, Sagi Nahor s’est nourri de la lecture incessante de Martines de Pasqually et de Louis-Claude de Saint-Martin. Et cette nourriture, il tient à la partager aujourd’hui. Comment ? En publiant une Rituélie martiniste (Lulu.com, 2012). J’ignore si mon vieux compagnon de route, mon ami de presque trente ans, a tort ou raison de diffuser ainsi, si charitablement, ses rituels. Mais ce que je sais, c’est qu’il n’est pas le premier, Papus et Téder ayant donné l'exemple, avec le Rituel martiniste dit de Téder, publié en 1913 et plusieurs fois réédité. Ce que je sais aussi, c’est que les rituels de Sagi Nahor sont le fruit d’une longue méditation, d’une vraie réflexion par un martiniste moderne qui n’ignore rien des anciens.
Le dépôt du théurge de Bordeaux et du théosophe d’Amboise a été restauré à la Belle époque, par Papus, dans l’Ordre martiniste. Point de filiation rituelle, mais une filiation spirituelle incontestable dont témoignent les premiers rituels imaginés par Papus. Ces rituels, Sagi Nahor les a remis sur le métier, il les a enrichis de sa propre compréhension de Martines et de Saint-Martin, conciliant, autant que faire se peut, les formes voulues par Papus avec le fond de la tradition martiniste. Comme tels, nul doute que ces rituels seront utiles, si ce n’est à la pratique (car l’auteur n’a pas souhaité les publier dans leur intégralité), du moins à la méditation et à la réflexion de ses frères et sœurs, sociaux ou associaux, devant les Flambeaux.

Serge Caillet

jeudi 26 avril 2012

Pantacle




Pantacle, revue annuelle de l’Ordre martiniste traditionnel, continue de nous livrer d'intéressants documents. Le numéro de janvier 2011 annonçait l’acquisition par l’AMORC de « Deux manuscrits de Saint-Martin », c’est-à-dire de deux versions, l’une complète, l’autre résumée, des Loix temporelles de la justice divine pour l’expiation des différentes prévarications de la postérité du premier homme, en provenance des archives des Philalèthes, publiées en 1807 dans le tome second les Œuvres posthumes du Philosophe inconnu.
Le dernier numéro de Pantacle (janvier 2012) reproduit le fac-similé d’une lettre d’Augustin Chaboseau à François-Charles Barlet, récemment acquise par l’OMT lors d’une vente aux enchères de documents en rapport avec Barlet. Cette lettre non datée (mais postérieure à la publication de l’Essai sur la philosophie bouddhique de Chaboseau, en 1891, et antérieure à 1894) annonce sous presse un livre de Chaboseau sur Le mysticisme contemporain, à paraître chez Alcan, « dans une quinzaine ». Ce livre a-t-il vu le jour ? Il ne semble pas. Maints autres projets d’édition annoncés dans la même lettre ne semblent pas non plus avoir été conduits à leur terme par ce compagnon de Papus, qui deviendra grand maître de l’Ordre martiniste traditionnel, jusqu'à sa mort, en 1946.

Serge Caillet

jeudi 26 janvier 2012

Saint-Martin, Willermoz et le rite écossais rectifié


Quelles traces trouve-t-on de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin dans la doctrine du rite écossais rectifié forgée par Jean-Baptiste Willermoz ? Que contenaient les Leçons de Lyon aux élus coëns (édition par Robert et Catherine Amadou, Paris, Dervy, 2011) ? Les deux hommes auraient-ils entrepris de christianiser dans le sens du dogme de la Grande Eglise la pensée de Martines de Pasqually ? Quelle filiation spirituelle peut-on établir entre Martines, Saint-Martin et Willermoz ? Et si oui, quelle forme revêt-elle dans le rituel du rite écossais rectifié ?
Pour répondre à ces questions, Baglis TV a réuni Thierry Boudignon, Roger Dachez et Jean-Marc Vivenza. Tous trois tentent de mettre en lumière les liens qui unissent la pensée des deux émules de Martines de Pasqually.

Serge Caillet



mercredi 26 octobre 2011

Une biographie de Martines de Pasqually


Voilà presque trente ans que Michelle Nahon fouille les archives, particulièrement de la région de Bordeaux, afin d’éclairer notre connaissance de la vie de Martines de Pasqually (1710 ?-1774). Elle a ainsi inventé beaucoup de documents inédits et en a tiré la matière de nombreux articles (la plupart écrits en collaboration avec Maurice Friot), notamment dans le Bulletin annuel de la Société Martinès de Pasqually, fondée à Bordeaux en 1989, que Michelle Nahon préside depuis 1997. Il lui restait à synthétiser ses travaux dans une biographie que nous étions nombreux à attendre. La voici, sous le titre : Martinès de Pasqually. Un énigmatique franc-maçon théurge du XVIIIe siècle, fondateur de l'Ordre des élus coëns (Pascal Galodé, 2011).
Martines de Pasqually échappe pour partie à l’histoire et, par conséquent, pour partie à l’historien. Mais l’intérêt de Michelle Nahon pour le théurge de Bordeaux, et son approche biographique, pour rigoureuse qu’elle soit, dépassent de beaucoup le simple exercice intellectuel, ce qui lui évite de tomber dans le piège de la soi-disant objectivité chères aux instituteurs, sans se départir pour autant de la rigueur indispensable à l’analyse des sources. Comme l’avait fait avant elle Gérard van Rijnberk, voilà soixante dix ans, Michelle Nahon, réussit aujourd'hui à saisir des instants de la vie du théurge de Bordeaux et à éclairer pour notre bonheur un certain nombre d’événements d’une carrière encore bien énigmatique.
Faute de certitude sur l’apparence physique du théurge (mais, jusqu’à preuve du contraire, je continue de croire que le portrait que j’ai inventé pourrait ne pas être apocryphe !), Michelle Nahon nous offre donc de Martines de Pasqually un véritable portrait historique et philosophique.
Quel portrait ? Les origines familiales de Martines, à commencer par son identité, restent toujours obscures. Mais sa carrière militaire, comme officier, le fait sortir de l’ombre. Entre 1762 et 1772, Bordeaux sera sa capitale, après l’échec de Toulouse, et malgré des séjours à Paris et Versailles, pour affaires profanes et initiatiques (avec la Grande Loge de France notamment), que Michelle Nahon remet dans le contexte en les précisant.
A la lumière des témoignages et des documents connus, Martines ne se laisse pas réduire à la caricature du charlatan ou de l’escroc de l’initiation. (Ainsi, en dépit de solides arguments quant à son caractère apocryphe, la question de sa patente maçonnique, ou de celle de son père, n’est certainement pas aussi simple qu’on le dit). Sauf à ne pas savoir lire, le livre de Michelle Nahon contribue excellemment à montrer le vrai visage du maître des élus coëns : celui d’un homme de Dieu, qui, certes, ne fut qu’un homme, ni sorcier, ni magicien, comme il l’écrit lui-même, mais vrai homme de désir soucieux de sa vocation, de sa mission, en bute à ses propres faiblesses, aux tracasseries du monde et aux bassesses de ses frères.
La protection de quelques grands personnages (Richelieu, le prince de Rohan…) n’auront pas suffi à mettre Martines à l’abri des soucis financiers. Son départ pour Saint-Domingue, en 1772, et sa mort loin des siens, en 1774, ne lui auront pas permis non plus de mener à son terme l’œuvre d’une vie vouée à transmettre un très précieux dépôt initiatique. Faute d’avoir pu étendre sa réforme à l’ensemble de la franc-maçonnerie française, en quelques lustres, Martines de Pasqually et ses émules ont pourtant réussi à édifier l’Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l’Univers, fleuron de l’illuminisme.
Le Martinès de Pasqually de Michelle Nahon constitue désormais l’ouvrage de référence pour quiconque s’intéresse au premier maître de Louis-Claude de Saint-Martin, de Jean-Baptiste Willermoz (et de tant d’autres dont l’histoire n’a pas nécessairement retenu le nom), que le très digne théurge de Bordeaux, conformément à sa vocation, a aidés à leur propre initiation.

Serge Caillet

vendredi 16 septembre 2011

Robert Amadou, Robert Ambelain et Alexandrie d'Egypte

Il y a dix ans tout juste, Robert Amadou confiait à Ludovic Marcos son témoignage, en deux entretiens, sur l’aventure hors du commun de la loge clandestine Alexandrie d’Egypte, fondée par Robert Ambelain, à Paris, en 1943, sous la terreur nazie. Le premier entretien avait été publié dans la revue Arcana, quasi confidentielle, mais, par suite de la disparition de cette revue, le second était resté inédit. Grâce à la générosité de Catherine Amadou, le dernier numéro de Renaissance Traditionnelle (n° 162, avril 2011 - http://www.renaissancetraditionnelle.org/) nous offre aujourd’hui l’intégralité des propos de Robert Amadou. Ce témoignage capital consigne, dans le détail, l’histoire de cette loge clandestine du rite de Memphis-Misraïm et de ses activités annexes, au titre de l’Ordre martiniste, de l’Eglise gnostique (tout autant condamnés par le régime de Vichy et maintenus ici dans la clandestinité) et de l’Ordre des élus coëns, réveillé en 1943.
Avec ces souvenirs de combattant d’un réseau d’une résistance morale et spirituelle (sans préjudice, pour certains de ses membres, d’une autre forme de Résistance active), Robert Amadou rend hommage à Robert Ambelain, son « seul maître vivant », dont il fut, dans ces années noires, le bras droit. Alors que Robert Amadou a rejoint son premier maître dans le sein d’Abraham, le 14 mars 2006, quelle émotion de lire aussi la transcription de leur dernière conversation téléphonique, le 20 mai 1997, sept jours avant le rappel à Dieu de Robert Ambelain.
Enfin, cet entretien ne pourra manquer d’interpeler celles et ceux, désormais nombreux, qu’intéresse la franc-maçonnerie égyptienne dont Robert Amadou dénonce ici la légende des patentes, des filiations et du rituel tout en défendant le caractère occultiste et le mythe traditionnel de Memphis-Misraïm.

Serge Caillet

mardi 6 septembre 2011

Les Leçons de Lyon aux élus coëns

Le dernier chef-d’œuvre de Robert Amadou, Les Leçons de Lyon aux élus coëns (Dervy, 1999), réalisé avec le concours de Catherine Amadou, vient de revoir le jour dans une édition revue et corrigée (Dervy, 2011). Ce Cours de martinisme au XVIIIe siècle par Louis-Claude de Saint-Martin, Jean-Jacques Du Roy d’Hauterive, Jean-Baptiste Willermoz, pour reprendre le sous-titre du livre, publié d’après les manuscrits originaux (fonds Z et fonds Willermoz) constitue une somme indispensable à quiconque s’intéresse, en amateur ou en spécialiste, aux trois théosophes susnommés et à leur maître commun, Martines de Pasqually (1710 ?-1774). Merci à Catherine Amadou, qui poursuit aujourd’hui dans la discrétion l’œuvre de Robert, de nous procurer cette nouvelle édition, qui bénéficie notamment d’une mise à jour des innombrables références bibliographiques.
Ces textes désormais classiques, comprenant les leçons des professeurs et des notes d’auditeur, complètent admirablement le Traité sur la réintégration (éd. RA, Diffusion rosicrucienne) bien connu des martinistes et, plus généralement, de tous les apprentis théosophes. Maint thème du Traité s’y trouve en effet développé ou précisé par les trois émules du théurge de Bordeaux, Saint-Martin en tête. Du reste, d’autres thèmes, absents du Traité mais point étrangers à sa doctrine s’y trouvent précisés. Ces Leçons, données à Lyon, de 1774 à 1776, dans l’un des établissements les plus prestigieux de l’Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l’univers, constituent une mine où, pourvu qu’il soit quelque peu persévérant, le cherchant ne cessera de trouver des pépites propres à satisfaire son désir. De précieux index l’y aideront.
Ces leçons des trois répétiteurs « lyonnais », de passage pour deux d’entre eux, qu’accueillait en son orient le troisième, bénéficient l’une introduction et d’une préface d’un quatrième théosophe, qui fut et demeure (je l’ai écrit, paraphrasant Joseph de Maistre quant à Saint-Martin, et je persiste) le plus sage, le plus instruit et le plus élégant des théosophes modernes. La préface et l’introduction très conséquentes de Robert Amadou sont un chef-d’œuvre de science et d’érudition, inégalé et assurément inégalable pour longtemps : le fruit d’une vie, le fruit d’une œuvre de plus de cinq décennies de recherches et de réflexion quant à l’histoire et quant à la doctrine, que ces leçons illustrent. Cette quadruple (il me démange d’écrire quatriple !) collaboration rend les Leçons de Lyon plus actuelles que jamais.

Serge Caillet

dimanche 10 avril 2011

Le Martinisme selon Robert Ambelain


Au sortir de la seconde Guerre mondiale, trois livres ont marqué le renouveau du martinisme et des études martinistes. Tandis que Robert Amadou publiait son Louis-Claude de Saint-Martin et le Martinisme, inaugurant ainsi, dès 1946, un ensemble sans égal de publications constantes, sur un demi-siècle, Robert Ambelain produisait quant à lui coup sur coup deux livres qui on fait date.
Le premier, paru en 1946, à l’enseigne des Editions Niclaus, s’intitulait Le Martinsme, histoire et doctrine, avec ce sur-titre : « la franc-maçonnerie occultiste et mystique (1643-1943) », et le second, inclus dans la collection « Les survivances initiatiques » des Cahiers de Destin, en mars 1948, avait pour titre : Le Martinisme contemporain et ses véritables origines. Or, ces deux ouvrages, qui semblent a priori complémentaires - ce qui justifierait leur réédition en un seul volume - sont en réalité, et c’est là tout le paradoxe de Robert Ambelain, contradictoires sur un certain nombre de questions essentielles. Le second, d’une importance matérielle moindre, correspond à la transcription d’une conférence, qui corrige en effet quelques hypothèses trop hardies du premier, et rétablit ainsi pour la première fois des faits, aujourd’hui avérés, mais alors largement sujets à discussion. 
Ces deux livres tant recherchés des amateurs, les voici enfin réédités pour la première fois en un volume, aux Editions Signatura auxquelles on doit déjà la réédition de Templiers et rose-croix, du même Robert Ambelain.
Il est vrai – qui oserait aujourd’hui le nier ? – que maintes suppositions du Martinisme, histoire et doctrine sont irrecevables ; répétons-le, après l’auteur lui-même. Cependant, ce même livre, qui, selon son surtitre, couvre tout juste trois siècles d’histoire, de 1643 à 1943, porte témoignage de l’esprit, des idées et de l’histoire de Robert Ambelain et de ses compagnons de clandestinité initiatique. Et il est, à ce titre, absolument irremplaçable. Quant au second, où excellent les qualités critiques de l’auteur - y compris s’exerçant sur ses propres écrits parus deux ans plus tôt -, il démontre courageusement le caractère controuvé de la filiation dite « de Saint-Martin », transmise par Papus, et de la filiation « coën » de Jean Bricaud. La préface que j'ai eu le plaisir de rédiger pour cette réédition s'en explique, en rappelant le contexte de la publication de la première édition de ces deux livres et en traçant le parcours martiniste de Robert Ambelain.

Serge Caillet


vendredi 1 avril 2011

Elme Caro réédité

            Publié pour la première fois en 1852, réédité en 1975 (Genève, Slatkine), l’ouvrage d’Elme Caro : Du mysticisme au XVIIIe siècle : essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin, le Philosophe inconnu, vient de revoir le jour aux Editions de la Tarente
            Rappelons que l’auteur (1826-1887), aujourd’hui oublié, fut élève, puis maître de conférences à l’École Normale, professeur de philosophie à la Faculté des Lettres de Douai et de Paris, membre de l'Académie des Sciences morales et politiques, élu à l’Académie française en 1874. Son œuvre, qui témoigne de l’intérêt porté à Saint-Martin par un philosophe du XIXe siècle, aura été l’une des sources essentielles des disciples posthumes du Philosophe inconnu rassemblés par Papus dans son Ordre martiniste.
            L’éditeur reproduit également la «  Notice biographique sur Saint-Martin » de Jean-Baptiste-Modeste Gence (1755-1840), plusieurs fois rééditée (fac-similé in Robert Amadou Deux amis de Saint-Martin : Gence et Gilbert, Paris, Cariscript, 1982 ; éd. ap. Xavier Cuvelier-Roy, Sursum Corda, Le Tremblay, Diffusion rosicrucienne, 2003).
            Utile en son temps, d’une sympathie respectueuse en dépit d’une critique parfois sévère des idées et de la doctrine de Saint-Martin, mais dépassé par les progrès de la recherche des cinquante dernières années, l’essai d’Elme Caro n’en reste pas moins classique. Cette réédition à petit tirage (200 exemplaires) d’un livre introuvable devrait assurément séduire les bibliophiles et les amateurs de Saint-Martin.

Serge Caillet

vendredi 4 mars 2011

Le colloque Martines de Pasqually sur Baglis TV


            Cinq des communications prononcées au colloque du tricentenaire de Martines de Pasqually, qui s’est tenu à Marseille, les 18 et 19 septembre 2010, sont désormais en ligne sur Baglis TV : http://www.baglis.tv
Des extraits de ces conférences sont également visibles, gratuitement sur Internet (Youtube et Dailymotion).

Les autres communications seront mises en ligne prochainement sur Baglis TV, et un DVD complet  sera ensuite diffusé par l’Institut Eléazar, en fin d’année. 

       Enfin, les actes du colloque, qui comprendront les communications, parfois augmentées, et enrichies d’un certain nombre de documents et d’études inédites, paraîtront sous la forme d’un numéro spécial de la revue Renaissance Traditionnelle, courant 2011.

Serge Caillet

vendredi 25 février 2011

Une étude sur le Traité des deux natures de Willermoz


Dans le dernier numéro d’Ariès (volume 10, n° 2, 2010), Gérard Gendet étudie "Une figure de Jésus en théosophie chrétienne à la fin du XVIIIème siècle : le Traité des deux Natures, de Jean-Baptiste Willermoz". Le Traité des deux natures a été rédigé par Willermoz, déjà âgé, entre 1805 et 1812, sous la forme d’une instruction destinée à son fils, qui mourra à l’âge de sept ans, en 1812, sans l’avoir sans doute jamais lue.
Rappelons que ce texte essentiel a fait l’objet d’une première édition, par René Désaguliers, (Renaissance Traditionnelle, n° 66, 1986) d’après le manuscrit 5940-5 du fonds Willermoz de la Bibliothèque municipale de Lyon,  assortie de « Notes et commentaires », par Roger Dachez, de 1986 à 1991, dans les numéros 67, 71, 72, 78 et 85 de la même revue. Une seconde édition est parue à la Diffusion rosicrucienne, sous le titre L’Homme-Dieu. Traité des deux natures, en 1999.
Dans son analyse, sérieuse et documentée, Gérard Gendet s’attache essentiellement à la figure de Jésus, telle que la décrit le Traité, sa nature humaine, sa nature divine, sa révélation progressive, sa passion et sa résurrection, en relevant ce qui distingue la pensée de Willermoz de celle de Martines de Pasqually, face aux enseignements de l’Eglise catholique romaine. Il relève aussi des similitudes avec le judéo-christianisme des premiers siècles et analyse ensuite la « valeur paradigmatique » de l’incarnation divine d’après Willermoz et ses conceptions christologiques.
Enfin, Gérard Gendet entreprend de comparer ce petit Traité avec l’Instruction secrètes des grands profès, dont on sait que Willermoz fut « le principal rédacteur ». Il y constate une similitude frappante entre la figure de Jésus-Christ et la figure mythique de maître Hiram, type du Christ, telle que la révèle le grade de maître écossais de Saint-André, dont Willermoz acheva la rédaction en 1809. Dans son Traité comme dans l'Instruction, Willermoz invite à une imitation du Christ, « l’homme-Dieu et divin » selon Martines, modèle du chrétien et modèle du maçon exerçant la vertu de bienfaisance, qui n’est autre que la caritas à laquelle nous exhorte saint Paul dans sa première Epitre aux Corinthiens. 

Serge Caillet